V// A-1) La méthode Falcone
Giovanni Falcone était doté d'une incroyable mémoire. D'une capacité d'endurance au travail hors norme et d'une conviction profonde que l'Etat avait les moyens de battre la Mafia. Il avait étudié et compris tous les rouages, tous les signes et il était la figure maîtresse de cette lutte. Il avait appris à la connaître de l'intérieur, découvrir le sens de chaque mot, de chaque signe. Un enquêteur hors pair.
Lors des interrogatoires, les repentis avaient confiance en lui et il leur prouva sa droiture plusieurs fois. Notamment en luttant assidûment pour que le gouvernement italien accepte d'offrir une protection rapprochée aux familles des repentis. Il a été l'instigateur du maxi-procès (84-87) de Palerme qui a vu les plus grands chefs des grandes familles mafieuses tomber un par un avec des lourdes peines.
Falcone a travaillé au tribunal de Palerme pendant 11 ans, derrière ses portes blindées, ses systèmes électroniques de surveillance, ses écrans de contrôle toujours allumés. Il surprenait ses interlocuteurs par la clarté de ses idées, la qualité de ses informations, la solidité de son engagement anti-mafia, et par cette espèce de réserve méthodique - la conviction de devoir toujours être sur ses gardes.
Pour commencer, les juges-enquêteurs du pool anti-mafia ont appris à connaître à travers les livres, les rapports de policiers ou de carabiniers et les dépositions comment fonctionnait l'organisation mafieuse.
S'occuper d'enquêtes sur la mafia, cela veut dire avancer sur un terrain miné. Certains de ses propres collègues trouvaient qu'il souffrait de « vis attractiva » (attraction irrépressible pour la mafia). Comme si Falcone voulait s'occuper de tous les procès de la mafia en Italie. Un haut magistrat avait même suggéré à son supérieur hiérarchique, Rocco Chinnici : « Bourre-le de petits procès, au moins il nous fichera la paix.» Il faut dire qu'en 4 ans, Falcone avait appris plus qu'en 20 ans sur Cosa Nostra.
Falcone était toujours prudent dans son approche des mafiosi. Il évitait les fausses complicités et les attitudes autoritaires ou arrogantes. Il exprimait son respect et exigeait la réciprocité. N'allant jamais trouver un boss en prison s'il n'avait rien de précis à lui demander ou s'il était mal informé. Ne se comportant pas avec lui comme avec un banal criminel de droit commun
Il commençait toujours ses interrogatoires par cette phrase :
« Dites ce qu'il vous plaira, mais sachez bien que cet interrogatoire sera pour vous un calvaire, car j'essaierai de vous faire tomber dans tous les pièges possibles. Si par hasard, vous parvenez à me convaincre de la vraisemblance de vos propos, alors et alors seulement, je pourrais envisager de soutenir votre droit à vivre et à Leur choix de vie est intransigeant. »
Parfois, Falcone s'interrogeait en pensant au destin des hommes d'honneur : pourquoi les gens qui ont des qualités intellectuelles si évidentes sont-il contraints se s'inventer une activité criminelle pour pouvoir survivre avec dignité ?
Un magistrat comme il en existe plus de nos jours.Ecrire un commentaire